Cornelis BAZELAERE (documenté à Anvers en 1523), dit le MAÎTRE AU PERROQUET

Lot 95
20 000 - 30 000 €

Cornelis BAZELAERE (documenté à Anvers en 1523), dit le MAÎTRE AU PERROQUET


Vierge à l'enfant tenant un perroquet Panneau de chêne, une planche, non parqueté.
40 x 32 cm
Inscrit en bas:... 47...16(?)...IANVARIVS* CORNELIS* BAZELAERE FECIT* (Restaurations anciennes).
La réapparition d'un premier tableau signé et daté par Cornelis Bazelaere constitue un apport inédit à l'histoire de la peinture flamande du XVIe siècle. Une centaine d'ateliers étaient installés à Anvers entre 1500 et 1550. À une époque où signer les oeuvres restait exceptionnel, leurs peintures ont été regroupées par les historiens d'art dans des corpus anonymes portant chacun le nom d'une oeuvre éponyme. Il est aujourd'hui très difficile de rattacher ces ensembles avec les noms des artistes répertoriés dans les documents d'archives. Le style de cette Madone peut être rapproché de celui d'un peintre flamand jusqu'ici non identifié, le Maître au perroquet. Ce nom de convention a été donné par Max. J. Friedländer à un artiste actif à Anvers durant la première moitié du XVIe siècle, proche de Pieter Coecke van Aelst et du maître dit des «demi-figures» à cause de la présence fréquente de cet oiseau dans ses tableaux (ici sur la main gauche de la Vierge). Il est vraisemblable qu'une partie importante des tableaux classés sous le nom du «Maître au perroquet» reviennent en fait à Cornelis Bazelaere.
Celui-ci est mentionné comme Maître dans les registres de la Guilde d'Anvers en 1523. Cette corporation, fondée en 1382, a conservé ses registres de comptes et d'inscription des Maîtres et élèves depuis 1453 à sa dissolution en 1720. Ces archives ont été publiées en néerlandais et en français par Ph. Rombouts et Th. De Lerius, sous le titre de De Liggeren en andere historische archieven der Antwerpsche Sint Lucasgilde - Les Liggeren et autres archives historiques de la Guilde anversoise de Saint Luc, de 1872 à 1876 (désormais consultables en ligne). Notre peintre y est cité à l'année 1523, dans le volume 2, page 103, comme «scildere» - c'est à dire Maître peintre - et non comme apprenti (schilder en néerlandais signifie peintre).
Stylistiquement notre panneau est marqué par l'influence de Joos Van Cleve, l'un des principaux artistes d'Anvers travaillant entre 1510 et 1540, dont on retrouve ici le visage rond de la Madone. À côté de grands retables, Van Cleve a peint aussi de nombreuses petites Vierges à l'enfant où il introduit les gestes et la monumentalité de la Renaissance italienne ainsi que le modelé doux qui tire son origine du «sfumato» de Léonard de Vinci. Cette influence se perçoit dans notre panneau. Par exemple, la position du bras droit de la Vierge est une lointaine dérivation de la Sainte Anne (musée du Louvre) de Léonard, et le drapé rouge aux plis marqués tire son ampleur du maître florentin. À l'inverse, les détails très naturalistes, comme les poires au premier plan, qui comptent parmi les premiers exemples de ce qui deviendra ensuite les «natures mortes», se rattachent à la tradition flamande réaliste du XVe siècle. On les trouve déjà chez Van Cleve. La composition peut être comparée à la Vierge à l'enfant dans un tableau du Maître au perroquet, conservé à la Galleria del Collegio Alberoni à Plaisance, avec un baldaquin et un paysage au second plan. Une autre Vierge, très proche, était à la galerie P. De Boer en Amsterdam en 1963 (36,5 x 28 cm). On peut envisager que, ici, le fond noir soit un repeint et cache aussi une vue d'extérieur ou un dais, dont on perçoit la trace en lumière rasante. Nous pouvons aussi penser que certains panneaux comme celui-ci ont été rognés à la partie inférieure, pour enlever la signature et les vendre comme des tableaux de Van Cleve, père ou fils: d'autres versions de cette composition sont passées en vente sous le nom de Cornelis van Cleve, le fils de Joos, né en 1520.
Selon l'inscription sur le parapet, la date est celle du 16 janvier 1547 (ou éventuellement 42), ce qui nous a incité à rendre le tableau et le groupe du Maître au perroquet à Cornelis Bazelaere cité en 1523 avec cette orthographe précise, plutôt qu'à son fils Cornelis le jeune, lui aussi mentionné dans les liggeren de la guilde de Saint-Luc, écrit «Baseler» en 1553. Notre peintre appartenait à une dynastie d'artistes, comme c'est souvent le cas à cette époque, car plusieurs autres artistes portent le nom
Bazelaere, à la sonorité assez française (au XVIe siècle, la région des Hauts-de-France appartient encore à la Flandre). D'autres artistes, tous aussi mal connus que lui à présent, partagent ce patronyme: Adrien Bazelere, inscrit dans le Liggeren d'Anvers (op. cit. p. 101), Jean Bazelaire mentionné comme peintre d'ornement et topographe à Arras en 1529 et un Jehan Bazelaert, signalé comme maître-d'oeuvre de l'église de Barbonne (Marne) en 1526 (Thieme-Becker, Lexicon, édition consultée 1911, vol. III, p. 105).
Signalons enfin que le perroquet est un des symboles de l'Immaculée Conception. Suivant les écrits médiévaux son plumage est toujours propre, les gouttes d'eau roulent dessus sans le mouiller, comme la Vierge n'est jamais souillée par les péchés. On entendait aussi dans son cri le mot «Ave» prononcé par l'ange Gabriel à Marie lors de l'Annonciation: Ave Maria.
L'oiseau est présent dans les peintures de Van Eyck (Vierge au chanoine van der Paele, Bruges), Memling, de Cranach...
Cabinet Éric Turquin
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